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Verre ionomère d’obturation: qu’en pensez-vous?

 

Obturation molaire avec un CVI

Obturation molaire avec un CVI

Cette question m’a été posée par un de mes clients. Il avait abandonné, il y a plusieurs années, l’utilisation de ciment verre ionomère (CVI) pour restaurer, après quelques échecs: usure prématurée des faces occlusales notamment. Pourtant il n’utilise plus que des cvi pour sceller ses prothèses. Si aujourd’hui, on ne trouve plus un cabinet sans un ciment de scellement au verre ionomère ou au verre ionomère modifié par un apport de résine (CVIMAR), le succès n’est pas aussi unanime en matière de CVI d’obturation. En effet, la diffusion de produits comme EQUIA FORTE ou KETAC- UNIVERSEL est loin de valoir celle de FUJI I , FUJICEM II, KETAC-CEM ou KETAC-CEM PLUS, pour ne parler que des leaders du segment que sont GC et 3M-ESPE . Les nouveaux produits ne manquent pas et les avantages présentés devraient attirer tous les praticiens et pourtant, c’est loin d’être le cas…

Verre ionomère: des propriétés uniques pour restaurer des dents et quelques défauts

La liste est longue des propriétés intéressantes des ciments verre ionomère pour obturer efficacement une dent, quelques exemples:

  • Adhésion naturelle à la dent, émail ou dentine, les dernières générations de matériaux revendiques des qualités d’adhésions importantes même sur dentine âgée (sclérotique): »EQUIA Forte est extrêmement tolérant et adhère à toutes les surfaces indépendamment de l’âge de la dent. De l’émail « jeune » jusqu’à la dentine sclérotique… avec EQUIA Forte vous n’avez pas besoin d’adapter vos procédures. »(extrait dépliant publicitaire GC EQUIA FORTE). Cette seule qualité a pratiquement fait à elle seule le succès des CVI de scellement… Donc pas de technique de collage à mettre en oeuvre comme avec les composites, ni de délabrement excessif de la dent pour réaliser une cavité rétentive comme dans le cas d’une obturation à l’amalgame.
  • Ne nécessite pas la pose de la digue, contrairement au composite durant sa phase de mise en place un CVI ne nécessite pas une cavité sèche. Par contre, l’obturation au CVI doit être protégée de l’humidité durant la phase de prise. Un vernis photopolymérisable devrait être systématiquement posé… (KETAC GLAZE, EQUIA FORTE COAT, FUJI VARNISH, EASY GLAZE …) Faute de quoi, l’obturation perd l’essentiel de ses propriétés mécaniques et devient friable. C’est selon moi, la principale cause d’échec.
  • Faible rétraction de polymérisation, largement compensée par les forces adhésives, ceci assure une excellente étanchéité aux obturations. Cette rétraction de polymérisation est le principal défaut des composites et dès que l’obturation est volumineuse, les risques d’infiltration deviennent importantes.
  • Véritable biomatériau: à la différence des deux autres ce matériau dispose d’une excellente tolérance pulpaire. C’est un excellent fond de cavité, dans la technique sandwich, le CVI protége la pulpe du défaut d’étanchéité du composite et en éloigne la toxicité.
Technique "sandwich"

Technique « sandwich »

  • Facilité de mise en place: peu d’étape et rapidité: moins de 3 min 30 pour obturer avec EQUIA FORTE.
  • Coefficient d’expansion thermique proche de la dent naturelle, garantie d’étanchéité et d’adhésion de l’obturation.
  • Effet cariostatique grâce à la diffusion d’ion fluor.
  • Excellent isolant thermique, chimique, galvanique à la différence de l’amalgame, ils peuvent être utilisés sur dents vivantes avec peu de sensibilité post opératoire et aux différents stimuli.

Peu de matériaux disposent d’autant de propriétés recherchées dans un matériau d’obturation. La large panoplie de produits disponibles: CVI CONVENTIONNEL, CVIMAR (verre ionomère modifié par addition de résine), ciment verre ionomère condensable, à haute densité, Photopolymérisable etc. devrait permettre une plus grande utilisation de ces produits. Certes les verres ionomères ne donnent pas des résultats aussi esthétiques que les composites. Mais en secteur postérieur est-ce si important? Et le résultat sera toujours meilleur que celui des obturations à l’amalgame. Les produits les plus récents permettent d’obturer en secteur postérieur des classe I et II sans cuspides et de réaliser des faux moignon en vue de pose de couronne. Certes, il n’est pas recommandé de restaurer une cuspide en CVI, mais les composites ont aussi leurs indications à ne pas dépasser: volume, limite de l’obturation supra gingivale. Alors quelles raisons peuvent justifier de cette trop faible utilisation des CVI d’obturation au vue de leurs qualités?

Une situation propre au marché français?

On peut  raisonnablement se poser la question. En effet, les pays du nord et d’influence germanique utilisent beaucoup les CVI et notamment pour les obturations. Ceci depuis déjà de nombreuses années. En effet, dès les années 80, les dentistes de ces pays ont été sensibles aux problèmes posés par l’amalgame. Des campagnes dans l’opinion publique ont aussi obligé les praticiens à trouver des matériaux d’obturation de substitution. C’est ainsi que les CVI d’obturation ont commencé à être couramment utilisés pour obturer les dents en lieu et place des amalgames. C’est aussi une explication,aux recours plus fréquents aux inlay-onlay et aux couronnes sur dents vivantes, dans ces pays, quand les obturations étaient plus étendues. A cette même époque, l’amalgame régnait en roi absolu sur les obturations en secteur molaire,en France. Il faut dire que ce matériau cumulait quantité de qualité: recul clinique, résistante mécanique, résultat à long terme, mise en place simple, universalité de son utilisation: Pédodontie, dent vivante, dent dépulpée, solution économique, mise en oeuvre rapide. Il n’y avait que le résultat esthétique finalement qui était discutable. Il y avait même de véritables artistes de l’amalgame, le professeur LATOURTE, sculptait de véritable couronne en amalgame qui font encore l’admiration des jeunes dentistes quand ils retrouvent un de ces chefs-d’oeuvre dans la bouche d’un patient 20 ou 25 ans après la réalisation du soin. Même l’abandon de l’amalgame en vrac, l’obligation de s’équiper de récupérateur, de faire traiter les déchets secs comme humides n’ont pas eu raison de ce produit encore fréquemment utilisé dans notre pays, alors qu’une majorité de dentistes européens a totalement abandonné l’utilisation de l’amalgame. Pourtant dans les années 80 les CVI ne possédaient pas les qualités actuelles. Dans ces pays la prévention est de mise, les contrôles réguliers obligatoires, donc les dentistes n’hésitaient pas à obturer avec des cvi qui n’avaient que des vocations à l’époque transitoire, car ils savaient revoir obligatoirement le patient six mois plus tard. Le cvi était rechargé et l’occlusion rétablie. Dès que le délabrement de la dent était plus important le dentiste posait un inlay-onlay ou couronnait la dent vivante. On peut donc mettre en parallèle le plus faible recours en France à ces techniques prothétiques et à l’utilisation plus limitée des CVI d’obturation. A titre personnel, je pense aussi que la multiplicité des nouveautés, les explications parfois confuses des fabricants quand au mode opératoire (utilisation des vernis et dans une moindre importance, des conditionneurs par exemple) et aux réelles indications des produits ont été nuisibles à la diffusion des cvi en restauration dentaire. Des fabricants ont été aussi tentés de marier composite et verre ionomère hélas pas toujours pour le meilleur. Ces produits médiocres ont aussi terni l’image des verre ionomères en tant que produit d’obturation.

L’avenir des Ciments verre ionomère d’obturation

Malgré ces ratés et ce décalage du marché français, je suis convaincu que les ciments verre ionomère vont avoir à l’avenir une place prépondérante en temps que produit d’obturation.

A la question posée par le Professeur Michel Goldberg dans un article paru dans le Chirurgien Dentiste de France n°1507 du 8 décembre 2011 : » « Si les mesures concernant les amalgames d’argent aboutissent à terme à son interdiction, et si les résines dentaires qui contiennent pour une large part du BPA(bis phénol A) sont également bannies, quels seront demain les matériaux de prévention et de restauration qui pourront être utilisés par les odontologistes, sans prise de risque pour les patients ? » A cette question je pense que la réponse est en bonne partie et dans la limite de leurs indications évidemment par des CVI. Je vais me permettre quelques recommandations de produits avec leur indications précises:

  • Obturations esthétiques des classes III et V dont particulièrement les obturations cervicales et la carie radiculaire, obturations des dents de lait: IONOLUX de chez VOCO, KETAC UNIVERSAL APPLICAP de chez 3M-ESPE ou l’excellent RIVA LIGHT CURE HV de chez SDI feront parfaitement l’affaire. Le choix de teinte, la translucidité de ses produits permettent un rendu esthétique correct, notamment au niveau cervical et sur les dents lactéales. Même s’ils ne rivalisent pas avec les composites pour des restaurations de CLASSE IV.
  • Obturations des préparations de cavité de classe I et II (sans cuspides). Je recommande vivement l’EQUIA FORTE  de GC utilisé impérativement avec son vernis: L’EQUIA FORTE COAT. Je recommande aussi ce produit pour les reconstitutions de faux moignon ou le FUJI IX GP (disponible en vrac), on peut utiliser cette fois comme isolant le FUJI VARNISH.
  • Pour le scellement des sillons chez les enfants, il est facile de remplacer les composites par: RIVA PROTECT de SDI ou FUJI TRIAGE de chez GC.

Scellement de sillon avec RIVA PROTECT SDI

Pour conclure et répondre à l’interrogation de mon client, je crois beaucoup en l’avenir des CVI notamment en matière d’obturation. Ces produits n’ont pas une utilisation universelle. Ils ont quelques contraintes d’utilisation et un protocole à respecter: utilisez les vernis et les conditionneurs… Mais je pense qu’à court terme c’est la meilleure alternative aux anciennes techniques et matériaux: composite et amalgame, en tous cas dans un grand nombre d’indications. Avec 3 ou 4 produits bien choisis, vous devez couvrir une gamme large des restaurations dentaires et ceci avec des matériaux aux propriétés exceptionnelles et uniques: adhérence naturelle à la dent, libération de fluor, biocompatibilité, faible rétraction de polymérisation. Un regret à l’intention des fabricants: pourquoi les capsules n’existent que dans une taille? Il y a quelques années ESPE proposait les MAXICAP qui se vendaient très bien, à quand les maxi doses pour les obturations multiples, les faux moignons etc. ?

EQUIA FORTE

Visuel EQUIA FORTE: produit qui convient à toutes les générations

6 Comments

Isabelle
  • Avr 10 2016
Tout à fait d'accord avec vous, il faudrait au moins deux tailles de capsules et si possible sans avoir à racheter une pince... Isabelle. Nancy
Philippe Magin
  • Avr 10 2016
Excellente remarque. Merci Isabelle
Ludovic
  • Avr 13 2016
Bonjour Philippe , Bravo pour ce bel article, complet et en accord avec la littérature.
Virginie Parks
  • Août 9 2016
Cela fait 15 ans que j'utilise l'iov et je suis tout à fait pour. Je l'ai d'abord utilisé principalement en pédodontie, puis progressivement chez les personnes âgées, les adultes à haut risque carieuse, puis de façon générale pour les obturation de dents de sagesse. J'ai également fini par l'adopter pour les grandes reconstructions pour ses qualités d'adhésion à la dentine, son faible taux de fracture et son étanchéité. Il est également un matériau de choix pour des cavités proches de la pulpe car peu irritant. Ma pratique est actuellement principalement pédiatrique et j'ai le bonheur de constater une diminution très significative du taux carieuse chez mes petits patients venant me consulter au départ en situation de polycarie. Je pense également qu'il peut être un matériau de choix pour sa biocompatibilité, surtout après la mise sur le sellette des amg et des résines composites. Je suis heureuse qu'un article aille enfin dans ce sens, d'autant que nombre de mes collègues me regardent comme une pauvre chose quand je parle de mon appréciation prononcée pour ce matériau.
Philippe Magin
  • Sep 1 2016
Je crois que c'est vous qui êtes dans le vrai Virginie. Bravo et merci pour votre intervention
Sébastien
  • Nov 4 2016
Très bel article Bravo