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L’équipement dentaire: vers le minimalisme?

Cette interrogation m’est venue en regardant cette photo postée sur LinkedIn par Philippe, un dentiste de la région bordelaise. J’ai vendu pendant plus de 25 ans de l’équipement dentaire, durant toutes ces années, la tendance était à une surenchère de fonctions, de performances. Le mouvement n’est-il pas entrain de s’inverser et pour quelles raisons? Comment s’organisera alors le cabinet dentaire de demain?

Evolution de l’équipement dentaire

Lorsque j’ai démarré mon activité dans le milieu dentaire(1986), les arguments ne manquaient pas pour inciter un client à changer de matériel. Dans les années 80 et 90, les équipements évoluaient rapidement et les innovations proposées aux dentistes étaient souvent décisives dans le choix d’investir. Même si leurs anciens matériels étaient en parfait état de marche et donnaient toute satisfaction en matière de fiabilité, il était facile de convaincre un dentiste de changer de fauteuil. Voici quelques arguments chocs de cette période:

  • Travail en position assise et plus debout des opérateurs.
  • Programmation des positions du fauteuil, des vitesses de rotation.
  • Lumière sur les instruments dynamiques.
  • Progrès en ergonomie:  différentes versions d’unit pour s’adapter aux positions de travail de l’utilisateur.
  • Progrès en hygiène: garniture de fauteuil sans couture, décontamination des eaux des units, disparition des boîtes au sol, emprise au sol diminuée, commande au pied, tableau de commande sans bouton…
  • Meilleur accueil du patient: Position couchée, équipement plus dépouillé et moins oppressant.
  • Cart et têtière motorisés: pour limiter les manipulations de l’équipement.
  • Caméra sur les units pour faciliter la communication avec le patient

Cette liste d’arguments n’est pas exhaustive et pourrait largement s’enrichir. Il faut dire que dans ces années l’investissement principal du cabinet était l’équipement dentaire. Pour la création d’un cabinet, l’achat du fauteuil représentait les deux tiers de l’investissement total. Les fabricants étaient en nombre, la compétition dynamique et les dépôts dentaires abondaient. Les dentistes n’avaient que l’embarras du choix. Il y avait surenchère d’innovations, de prouesses et d’audaces techniques: ATS avec son unit mono-perche, avec écran et RVG intégrés, MORITA avec des instruments cachés dans le dossier, PLANMECA: avec les premiers équipements gérés par microprocesseur puis la première caméra sur unit, SIEMENS et SIRONA avec le cart et la têtière motorisés, KAVO  et PELTON qui proposaient des fauteuils avec travelling… Toutes ces innovations n’ont pas connu un succès retentissant mais elles étaient le signe d’un dynamisme, d’une compétition et d’investissement dans la recherche des fabricants. En 2016, la situation a changée profondément, l’équipement dentaire n’a plus la place prépondérante dans le budget investissement du cabinet.

Cabinet des années 60-70

Cabinet des années 60-70

Fauteuil SIRONA M1 ANN2ES 80-90

Equipement dentaire SIRONA M1 des années 80-90

 

La part actuelle de l’équipement dentaire dans les investissements en cabinet dentaire.

Cette part n’a cessé de décroître et en euro constant, le prix des équipements n’a cessé de baisser. Au début des années 90, le budget moyen se situait autour de 180 000 francs (27500 euros).  25 ans plus tard, l’enveloppe se situe autour de 25 000 euros. De nombreux fabricants ont disparus: GALLUS, ATS, RITTER, DENTALEZ… D’autres ont fusionnées: STERN WEBER, CASTELLINI et ANTHOS appartiennent au même groupe: CEFLA. En France: AIREL a racheté QUETIN. Un grand nom de l’industrie médicale: SIEMENS c’est désengagé du dentaire. Et d’importantes marques de fauteuil ont fusionné ou ont été rachetées par d’autres acteurs du dentaires. SIRONA appartient au groupe DENTSPLY et KAVO a fusionné avec SYBRON et SOREDEX. Pour justifier ces regroupements, les financiers parlent toujours d’économie d’échelle. Mais ces économies, se traduisent toujours par des équipes de recherche réduites et des réorientations vers les secteurs les plus porteurs: radiologie et CAD CAM, aujourd’hui. Ceci explique la certaine morosité des ventes d’équipements dentaires: moins de choix, peu d’innovations marquantes, ces dernières années, des équipements d’aspect plus « cheap », et visiblement moins fiables. Pour couronner le tout, ces matériels sont devenus compliqués à entretenir: pièces spécifiques qui se multiplient, système d’auto diagnostic avec code d’accès…Tout semble fait pour que le praticien repousse cet investissement. Les distributeurs pâtissent de cette situation. Ils souffrent, disparaissent ou se font racheter. De ce fait, les services offerts à la clientèle se réduisent, les effectifs techniques aussi et la compétition, toujours favorable aux clients, se limite. Il faut aussi admettre qu’entre temps l’offre d’investissement performant ou les obligations d’achats n’ont pas cessé d’augmenter.

Obligations de s’équiper:

  • En matériel informatique et en logiciel pour la télétransmission.
  • En matériel radiologique intraoral numérique
  • En chaîne de stérilisation aux normes
  • En système de récupération d’amalgame.
  • En salle blanche pour les implantologues…

Et l’offre d’investissement s’élargie:

  • Panoramique numérique 2D
  • Cône beam et panoramique 3D

    Impression 3D à partit d'un cône beam NEWTOM

    Impression 3D à partit d’un cône beam NEWTOM

  • Système CAD CAM
Prise d'empreinte numérique

Prise d’empreinte numérique

  • Travail sous microscopie et caméra HD.

Evidemment ces investissements ont un coût et souvent ils se font au détriment du budget prévu pour l’équipement dentaire.

Vers un équipement dentaire minimaliste?

Il est possible que ce mécanisme se perpétue, voir s’accentue. Les prises d’empreintes optiques, la CFAO,  les possibilités s’en cessent nouvelles en radiologie révolutionnent la profession et font rêver les praticiens. Les fabricants concentrent toute la recherche et les investissements dans ces domaines. La compétition entre fabricant s’est déplacée sur ce terrain. Alors le cabinet de demain sera peut-être situé en périphérie de ville. Il disposera d’une grande surface, d’une capacité d’accueil des personnes handicapées, d’un parking. Il regroupera plusieurs praticiens avec des spécialités complémentaires (endodontiste, orthodontiste, implantologue, omnipraticien…) Il disposera de salles de soins nombreuses mais équipées de manière minimaliste en ce qui concerne unit et fauteuil: un scyalitique au plafond, un fauteuil simplifié et tout le reste se déplacera d’une salle à l’autre en fonction des besoins. Les meuble, microscope, unit, aspiration seront sur roulettes avec des systèmes de connexion rapide air, eau, électricité. Les caméras ou scanners de prise d’empreintes pourront eux aussi être déplacer aisément. Evidemment, on imagine une grande stérilisation centrale et une salle radiologique suréquipée. Ce dispositif favorisera grandement, le nettoyage et l’hygiène des locaux. Dans ce cas, l’entretient des équipements deviendra simple et peu coûteux, à la portée de tout dépanneur. Le service qui va devenir prépondérant, est la maintenance des systèmes numériques et du réseau informatique. On peut même spéculer que l’obsolescence rapide de ces matériels et la fulgurance des progrès d’année en année, modifient le mode d’achat. Il est fort possible que les investissements se fassent sous forme locative de 2 ou 3 ans. De telle sorte, que les cabinets à la pointe aient toujours du matériel performant. Les cabinets d’omnipratique se verront proposer, à des prix attractifs, des produits de seconde main. Je pense que cette option me semble la plus probable, à moins qu’une invention géniale, en matière d’équipement ne remette tout en question…

 

 

2 Comments

guylaine
  • Avr 12 2017
C'est très éloigné de ce que nous voyons au Québec
Philippe Mangin
  • Juin 9 2017
Pas encore d'actualité en France, mais une demande dans ce sens arrive. Merci de votre contribution.